Au coeur de la verte vallée de Chancay, à 100 kilomètres au nord de Lima, la capitale du Pérou, près de vingt-cinq personnes travaillent depuis le début de l'année sur ce que l'on appelle désormais le temple de Las Chicras, du nom quechua des sacs de fibres végétales employés à cette époque pour porter les pierres, sacs retrouvés en nombre autour de l'édifice.
Très profond, le trou ayant permis de découvrir le monument aurait été creusé par des pillards, nombreux dans la vallée. "Ils cherchaient sans doute une tombe de la culture chancay (1000-1 500 après J.-C.) riche en céramiques et textiles, qui se vendent très cher sur le marché clandestin, avance Walter Tosso. Cependant, au lieu d'artisanat et d'ossements, ils ont trouvé un long mur, qu'ils ont suivi sur plusieurs mètres de profondeur, avant d'abandonner les fouilles illégales, voyant qu'ils ne trouvaient rien de plus."
"RÉNOVATION DU TEMPS"
L'histoire aurait pu s'arrêter là si l'archéologue n'était pas passé, par hasard, à proximité du site. "Je me promenais sur mon terrain d'investigation, qui concerne la culture chancay, quand j'ai eu connaissance de ce trou atypique", raconte Walter Tosso. Croyant, dans un premier temps, avoir trouvé un nouveau site de pillage, l'archéologue s'est rapidement rendu compte qu'il ne s'agissait pas d'une tombe traditionnelle : "Ce n'était pas l'époque que j'étudiais, mais, en tant qu'archéologue, il me semblait important de couvrir et conserver le monument."
Face au manque d'intérêt des autorités, Walter Tosso est pourtant près d'abandonner son entreprise de protection du site. Mais en 2005, la municipalité de Huaral, au nord de la capitale, finit par accepter le projet du scientifique, qui s'empresse d'effectuer quelques datations. Les résultats sont éloquents : certaines parties de l'édifice dateraient de 2 800 à 2 500 ans av. J.-C.
"Nous avons été surpris, car certaines parties du mur sont de l'époque de Caral", sourit Walter Tosso, faisant référence au fameux site du Nord péruvien connu comme ayant abrité la civilisation la plus ancienne du continent américain (3 000 à 2 800 ans avant J.-C.).
Le temple aurait été construit sur une période d'au moins cinq cents ans. "Ce concept de "rénovation du temps" existait dans de nombreuses cultures, explique l'archéologue. Il s'agissait de recouvrir un temple de pierres et de terre apportées grâce aux chicras, afin d'en construire un nouveau à la même place."
Selon l'archéologue péruvienne Ruth Shady, responsable du projet archéologique spécial Caral, le temple de Las Chicras serait "identique en style et en technologie architectonique à d'autres monuments construits à Caral".
ZONE D'INFLUENCE
La chercheuse estime que l'existence d'une relation entre ce monument et la société de Caral, installée dans la vallée de Supe, ne fait aucun doute. Pour elle, la découverte de Las Chicras confirmerait sa thèse, selon laquelle la vallée de Supe était au centre de la civilisation de Caral, dont la zone d'influence s'étendait sur 400 kilomètres du nord au sud et 300 kilomètres d'est en ouest. Walter Tosso n'exclut pas, quant à lui, la possibilité que les étages les plus bas du temple soient antérieurs à l'époque de Caral.
"L'important n'est pas de savoir ce qui est le plus vieux, mais de découvrir quel rôle avait ce site et de déterminer le niveau d'organisation sociale de cette époque", insiste l'archéologue qui, prudent, préfère attendre le résultat des investigations, dont la deuxième phase doit commencer en janvier 2007. "Le temple de Las Chicras et le site de Caral sont de la même époque, conclut-il. C'est la seule certitude que l'on a pour l'instant."
Article paru dans l'édition du 07.12.06.
(Je ne sais pas pour vous mais pour moi c'est très fort en émotion cette découverte. Je voudrais pouvoir en parler avec mon oncle Jacques qui m'était très cher et qui à ce jour n'est plus là. Il adorait le Pérou et il serait surement fou de joie s'il avait appris cette découverte. Je lui dois certainement à ce jour d'être la passionnée de voyages que je suis. J'ai tjs rêvé de découvrir des trésors, en voici un vrai. Alors ça existe encore... J'aimerais tant être sur place ).